Elasticsearch utilisé au centre de l’application citoyenne #Idéo2017

Article publié sur le blog d’Elasticsearch

Le projet

Le projet #Idéo2017, financé par la Fondation UCP, associe des chercheurs du laboratoire AGORA et du laboratoire ETIS (ENSEA / UCP / CNRS UMR 8051). L’objectif du projet était de créer un outil d’analyse des tweets politiques lors de campagnes politiques.

Partant d’acquis et de développements d’outils à partir d’un corpus de tweets déjà constitué (autour des élections municipales 2014), ce projet a permis la création d’une plateforme en ligne qui permet de traiter, avec des délais relativement courts, les messages produits en lien avec l’actualité politique (meetings, débats, émissions télévisées, etc.). Les citoyens ou journalistes peuvent ainsi effectuer leurs propres requêtes et obtenir des résultats compréhensibles grâce à cette interface qui rend accessible des analyses et critères linguistiques et informatiques habituellement complexes à appréhender.

Elasticsearch pour #Idéo2017

Le but de la plateforme #Idéo2017 est de proposer deux fonctionnalités principales à ses utilisateurs : (1) une analyse linguistique des tweets (des 11 candidats à l’élection présidentielle) qui est créée partiellement à l’aide des scripts développés dans l’outil d’analyse textuelle Iramuteq (http://www.iramuteq.org/), et (2) un moteur de recherche disposant de fonctionnalités avancées telles que la navigation par facettes pour explorer le corpus des tweets.

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Un générateur de corpus dans #Idéo2017 !

La campagne présidentielle étant achevée, l’équipe d’#Idéo2017 projette de constituer, normaliser, et mettre à disposition de la communauté, l’ensemble des tweets récoltés (42290). Ceci passera par une structuration des données, une mise au format TEI, et une réflexion sur la récupération des images, vidéos, animations, qui sont de plus en plus nombreuses dans les tweets politiques.

Mais avant ce chantier, nous proposons un outil qui permet de générer des corpus, en choisissant la temporalité et le compte souhaités.

Voici les étapes qui permettent de générer son propre corpus autour de la #Présidentielle2017, grâce à #Idéo2017

Etape 1:

je vais sur #Idéo2017 (http://ideo2017.ensea.fr/plateforme/) et je choisis d’analyser les tweets d’un candidat:

Etape 2:

je clique sur la fonctionnalité « Extraction d’un corpus »

Etape 3:

je paramètre mes choix

Etape 4:

j’obtiens le corpus souhaité, balisé pour le logiciel Iramuteq (d’autres balisages pourront être introduits par la suite)

Il suffit alors de copier ce corpus et de le coller dans un fichier .txt pour réaliser ses analyses textométriques.

 

Bonne navigation sur #Idéo217 ! et n’hésitez pas à consulter la plateforme sur les législatives 2017, en cliquant en haut à droite de la plateforme.

Emmanuel Macron, le président qui se veut « jupitérien »

Julien Longhi, Université de Cergy-Pontoise

Le 16 octobre 2016 déjà, Emmanuel Macron utilisait l’adjectif jupitérien pour qualifier la manière dont un président devrait exercer le pouvoir : The Conversation

« Je ne crois pas au président normal. Les Français n’attendent pas cela. Au contraire, un tel concept les déstabilise, les insécurise .» Et de fustiger « une présidence de l’anecdote, de l’événement et de la réaction [qui] banalise la fonction » – sorte de critique en creux de tout ce qu’a voulu incarner François Hollande depuis son élection le 6 mai 2012. Au contraire, la France a besoin d’un chef de l’État « jupitérien », estime l’ancien ministre. Ses modèles ? Le général de Gaulle et François Mitterrand, qui avaient « une capacité à éclairer, une capacité à savoir, une capacité à énoncer, un sens et une direction ancrés dans l’histoire du peuple français. »

Depuis son élection, les médias reprennent très largement cet adjectif, qui semble être devenu un buzz word :

Comme bien souvent dans ces cas de propagation lexicale, le sens des mots peut passer au second plan, au profit de son usage. Certes, le rappel de Jupiter est généralement évoqué dans les commentaires, mais sans s’interroger sur le fonctionnement en discours d’un tel nom propre. Le sujet du nom propre (Np) fait l’objet d’un certain nombre de travaux universitaires en sciences du langage, par exemple dans cet article de Guy Achard-Bayle :

« Le Np est une étiquette qui « colle » diversement à la peau des personnes dont l’identité évolue plus ou moins radicalement ; mais non pas selon que cette identité personnelle évolue plus ou moins radicalement. Il en résulte un comportement du Np particulièrement plastique dans ces cas : d’un côté, il est capable de fonctionner ou de continuer de fonctionner « vide de sens » ou comme un strict « label » référentiel, extensionnel, c’est-à-dire quelles que soient les conditions (contextuelles, pragmatiques, ontologiques, descriptives ou intensionnelles) de son emploi ; de l’autre, il est susceptible de « disparaître », si la personne elle-même perd son identité, comme telle. »

Le discours qui ajuste

Deux choses nous intéressent ici pour analyser la qualification d’Emmanuel Macron par l’adjectif jupitérien :

  • en utilisant la référence à Jupiter, le discours « ajuste » le sens du terme jupitérien pour coller à un réel qui se construit dans les textes. Ce terme devient un « label » pour catégoriser le Président, créer une image, dont le trait peut être forcé également par effet de contraste avec le Président « normal » que cherchait à être François Hollande ;
  • le terme peut se vider de son sens, ou s’incarner car des dimensions qui ne sont pas initialement présentes dans le sens du mot. Les discours font vivre le sens, et c’est davantage une scénarisation du Président qui est à l’œuvre qu’une stricte catégorisation.

Le dictionnaire en ligne CNRTL confirme que cet adjectif « évoque le dieu Jupiter ou ses attributs », et s’incarne dans des exemples tels que la contraction jupitérienne de ses sourcils « qui a un caractère imposant, dominateur » (Balzac, Langeais, p. 255). Dérivé de Jupiter, lat. Jupiter « fils de Saturne, roi des dieux et des hommes », cet adjectif a déjà une charge sémantique plus importante que les simples « verticalité » ou « rapport au pouvoir » évoqués dans la plupart des médias. Dans le recours à cet adjectif par Macron, on a certes en germe l’autorité et le rapport au pouvoir. Mais on a aussi la domination, le pouvoir d’ordre divin, la possession d’attributs du pouvoir. Le Larousse en ligne nous indique d’ailleurs que de nombreuses épithètes peuvent préciser ces pouvoirs :

« Homologue de la divinité étrusque Tinia, il était à la fois dieu père et dieu du Ciel. Devenu le dieu principal et souverain, il fut assimilé au Zeus grec. Ses pouvoirs étaient définis par de nombreuses épithètes : Jupiter Elicius, qui faisait tomber la pluie ; Jupiter Fulgur, dieu du Tonnerre et de la Foudre ; Jupiter Stator, qui arrêtait les ennemis ; Jupiter Feretrius, le dieu des Trophées ; Jupiter Capitolin, auquel était consacré le grand temple du Capitole de Rome et où il était adoré avec Minerve et Junon. »

Le caractère jupitérien recouvre donc un potentiel de sens très large, qui reste éclairant pour la prise en compte de la conception du pouvoir du Président, et de la manière dont il est perçu par les commentateurs.

Du Christ à Dieu

En reprenant au pied de la lettre de côté « divin », je ne peux m’empêcher de trouver un écho à la figure christique, voire biblique, qui apparaissait dans la campagne.

Comme dans cet extrait de Bernard Dugué :

« L’autre interprétation repose sur Macron incarnant un personnage biblique. Lors d’une émission télévisée sur la Trois, l’un des invités évoqua une figure christique pour ensuite se décaler vers une autre figure, celle de Moïse. En ce cas, la marche de Macron symbolise la sortie d’Egypte et pour plus de précision, on lira ce lumineux texte que représente l’Exode et qui s’il est interprété au niveau le plus haut, raconte non pas une sortie depuis un espace mais depuis un temps. »

Ou dans les propos d’Emmanuel Macron : « La dimension christique, je ne la renie pas ; je ne la revendique pas. Je ne cherche pas à être un prédicateur christique ».

Comment ce passage – du Christ à Dieu – peut-il s’incarner concrètement ? La première hypothèse réside dans l’analyse du discours d’investiture, et sa comparaison aux discours de la campagne. En effet, à partir de l’analyse de l’ensemble des tweets du candidat Macron lors de la campagne, on remarque qu’« Europe » est un pivot central de son discours, notamment pour articuler « France » et « français ».

Julein Longhi/DR

Or, en faisant une rapide analyse du discours d’investiture, on constate que « monde » a remplacé « Europe ».

Julien Longhi/DR

Le président Macron prend donc effectivement « de la hauteur », en changeant d’échelle.

Du Christ à Dieu, de l’Europe au monde, les commentaires sur Emmanuel Macron, et ses premiers pas discursifs, confirment le « jupitérianisme » de sa présidence. Mais il ne faut pas se focaliser sur le buzz de cette qualification, et voir l’épaisseur sémantique de ce mot : la conception du pouvoir est cohérente avec les projets de réforme rapides (par ordonnance) ; le changement d’échelle (de l’Europe au monde) représente la présidentialisation du candidat et de sa politique ; la prise en compte du pouvoir (dans le discours d’investiture) comme « protection » des Français, et prise en compte de la responsabilité.

Julien Longhi, Professeur des universités en sciences du langage, Université de Cergy-Pontoise

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Pourquoi les mots droite et gauche sont simplistes et ne permettent plus de percevoir la réalité politique

On se retrouve à devoir faire des contorsions linguistiques (se droitiser, gauchisant, extrême-droite/gauche), comme si le monde politique ne pouvait être perçu que de manière linéaire et selon cette latéralité.

Pour le philosophe Ludwig Wittgenstein, « Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde ». En effet, sans mots à mettre sur ce qui est perçu, les individus ne se représentent pas certaines réalités, alors que ces réalités deviennent « réelles » pour eux au moment où elles sont nommées. C’est notamment l’enseignement de la sémiologie/sémiotique, les « sciences des signes », qui montrent que « la place du monde sémiotique se situe en position médiatrice chez l’homme entre le monde physique et le monde des (re)présentations » (voir cet article de François Rastier). Le monde doit être « sémiotisé », c’est-à-dire être (dé)coupé en signes par les sujets, qui le perçoivent ainsi par ce biais.

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#Idéo2017 : le site qui décortique les tweets des candidats à la présidentielle (vidéo)

Les réseaux sociaux sont devenus un outil de communication incontournable des candidats à la présidentielle. Une plate-forme numérique pilotée par un professeur de l’Université de Cergy-Pontoise se propose d’analyser les tweets des politiques et de disséquer les mots utilisés par les candidats. Qui parle le plus d’économie, de sécurité ou d’emploi et surtout avec quels mots ? C’est ce que vous propose le site #Idéo2017. Regardez le reportage de VOtv :

Voir la suite sur le site de VoNews/VoTV

Worte wie Waffen

Der Linguist Julien Longhi hat die Tweets der französischen Präsidentschaftskandidaten nach Schlagwörtern durchsucht. Das Ergebnis: Es wird Wahlkampf mit der Angst vor Islamismus und mit dem Kampf gegen Terror gemacht – aber auf sehr unterschiedliche Weise.

„Kein Ergebnis entspricht Ihrer Suche.“ Das zeigt die Website Idéo2017.ensea.fr in großen, roten Lettern an. Die Seite bietet eine Analyse der Tweets von französischen Politikern an, das Schlagwort „Islam“ zusammen mit „Marine Le Pen“ ergibt genau: null Treffer. Marine Le Pen hat seit September 2016 nicht über den Islam getwittert. Was ist passiert? Sind die Angst vor Terrorismus und die Islamophobie aus Le Pens Wahlkampagne verschwunden? Spielen Themen wie Sicherheit, Immigration, Kampf gegen Terror überhaupt noch eine Rolle in den Präsidentschaftswahlen? Oder wurden sie vom Skandal um die vermutete Scheinbeschäftigung von Fancois Fillons Frau und vom rasanten Aufstieg des unabhängigen Jungkandidaten Emmanuel Macron verdrängt?

Idéo2017 weiß noch mehr. Die Website ist seit ein paar Tagen voll in Betrieb und analysiert die Tweets der französischen Präsidentschaftskandidaten seit Beginn des Wahlkampfes im Herbst. Zu den elf französischen Präsidentschaftskandidaten spuckt die Seite Diagramme, Wörterwolken, Mind-Maps und endlose Tweet-Listen aus, immer in Verbindung mit einem politischen Schlagwort. „Arbeit“ taucht am häufigsten in Benoît Hamons Kurznachrichten auf, was bei dem Kandidaten der sozialistischen Partei nicht weiter überrascht. In Macrons Tweets wird „Europa“ oft im Zusammenhang mit „Reformen“ erwähnt. Die Website weiß auch, dass Marine Le Pen ganz und gar nicht auf den Terrorismus-und-Islam-Diskurs verzichtet: beim Schlagwort „Islamistisch“ führt sie die Idéo-Rangliste an.

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Quand les mots partent en campagne…

Présidentielle 2017: aucune trace du mot « islam » dans les tweets de Marine Le Pen ! Fake news ? Comment le travail sur les mots et l’analyse linguistique permettent de décrypter les discours politiques…

Aucun des tweets de Marine Le Pen analysés par la plateforme #Idéo2017 ne mentionne le mot « islam ». Le concepteur de l‘application, Julien Longhi – linguiste spécialiste de l‘analyse du discours politique et médiatique et professeur à l‘université de Cergy-Pontoise – a d‘abord cru à un bug informatique mais les résultats sont clairs. Le mot « islam » n‘est jamais employé…seul.

Fréquence d’emploi du mot « islam » par les différents candidats aux élections présidentielles. Les candidats non-mentionnés n’emploient pas le mot seul et effectivement, aucune trace de Marine Le Pen. (source: plateforme #Idéo2017)

En revanche, Marine Le Pen utilise de nombreux dérivés comme « islamisme » ou « islamiste », souvent accolés aux mots « terrorisme » ou « fondamentalisme ».

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