Analyser les discours des politiques avec la plateforme #ideo2017

29.03.2017

Les porteurs du projet #Ideo2017 partagent leurs outils d’analyse pour appréhender les enjeux de la campagne présidentielle.

Depuis le 29 mars, les citoyens ont accès aux applications développées par l’équipe sur la plateforme http://ideo2017.ensea.fr/plateforme/

 

Depuis quelques semaines, une équipe autour du linguiste Julien Longhi livre ses analyses de la campagne présidentielle à partir de l’étude des discours produits sur Twitter par les candidats.
Certains médias nationaux ont relayé les « papiers » de Julien Longhi qui appréhendent « autrement » l’affaire Penelope, le discours d’Emmanuel Macron et les engagements de Marine Le Pen et bien d’autres faits de cette période pré-électorale…

« Ce travail que l’on retrouve sur le site ideo2017.ensea.fr a permis de rôder notre méthodologie et de trouver les graphiques les plus parlants, souligne Julien Longhi, professeur à l’UCP. Maintenant nous passons à la deuxième étape du projet #Ideo2017 ».

Méthodologie scientifique

Grâce à ces outils habituellement réservés aux linguistes, tout un chacun pourra décortiquer et analyser les discours des candidats à la présidentielle.

Lire la suite sur le site de l’université de Cergy-Pontoise

Plateforme #idéo2017 : tutoriel et kit de comm’

La plateforme #Idéo2017 est en ligne depuis le 29 mars !

Pour aider les utilisateurs, et promouvoir cet outil destiné au plus grand nombre, les étudiants du DUT MMI de l’IUT de Cergy-Pontoise (site de Sarcelles) ont réalisé quelques supports:

un tutoriel print :

et vidéo:

Ainsi qu’une affiche:

 

 

Les candidats vus à travers les mots qu’ils ont le plus utilisés au « Grand débat » de la présidentielle

Au lendemain du grand débat pour la présidentielle, où 5 des 11 candidats ont pu exposer leurs idées et leurs programmes sur différents sujets, chaque camp commente les échanges, en déduit la victoire de son candidat, ou s’appuie sur différents sondages qui donnent « victorieux » tel ou tel candidat. Dans cette analyse, je m’intéresse au combat des mots, à travers les termes employés dans les réponses des candidats lors du débat, afin de déterminer ce qui est spécifique à chacun d’entre eux.

Le corpus d’étude est constitué des tweets produits sur les comptes des 5 candidats (conformément à la méthodologie développée dans le cadre du projet #Idéo2017 qui considère le tweet politique comme un genre spécifique du discours politique), ces tweets reproduisant leurs déclarations lors du débat, soit:

38 tweets sur le compte de Benoît Hamon, 27 sur le compte d’Emmanuel Macron, 42 sur le compte de François Fillon, 99 sur celui de Jean-Luc Mélenchon, et 113 sur celui de Marine Le Pen.

Pour « mesurer » les aspects caractéristiques des différents candidats, j’utilise un calcul de spécificités, qui est un calcul statistique indiquant si les occurrences d’un mot paraissent en sur-effectif (ou en sous-effectif) chez un candidat par rapport à l’ensemble du corpus et en comparaison avec les autres candidats.

Ceci permet de dresser des profils lexicaux des candidats qui sont significatifs comparativement à leurs concurrents. Il en ressort quelques résultats surprenants, mais beaucoup très cohérents avec les profils discursifs déjà caractérisés dans de précédentes études.

Lire la suite sur le site du Huffington Post 

Le Pen and Macron: same words but different meanings

By Julien Longhi, professor of linguistics, Université de Cergy-Pontoise

Marine Le Pen and Emmanuel Macron are the pollsters’ favourites to go head-to-head in the second round of the French presidential elections. While they come from different backgrounds, both candidates oppose belonging to an established political “system”; both claim to represent the “people”; and both benefit from an appreciation for what is “new or novel” in French politics. They distinguish themselves, however, on subjects including the future of Europe or the Euro single currency.

In order to provide a complimentary point of view to political, economic and judicial punditry, I propose here a linguistic analysis of the candidates’ two programmes based on statistical analysis called textometry. This method of analysis highlights the specific aims of each programme as well as comparing the goals of the two candidates.

Lire la suite sur le site d’Euronews 

Les politiques ne maîtrisent pas toujours la violence symbolique de leur langage

Par  

François Fillon a déclenché de vives réactions sur les réseaux sociaux après avoir répété qu il n’était pas « autiste » au JT de France 2. Comment expliquer l’ampleur de cette polémique ? Décryptage avec l’aide d’un spécialiste.

Lire la suite sur le site Sciences et avenir

Jean-Luc Mélenchon sur YouTube : « The medium is the message », mais pas toujours

Julien Longhi, Université de Cergy-Pontoise

La célèbre phrase de Marshall McLuhan, « The medium is the message », incite à penser que le médium a une grande importance sur la transmission d’un message. À ce titre, l’usage de YouTube par Jean-Luc Mélenchon est intéressant, car il rencontre une forte audience, et vraisemblablement une écoute attentive. Ceci a notamment été perçu lors du chiffrage de son programme, le 19 février, pendant plus de 5 heures. The Conversation

Les points importants de cette vidéo ont été repris sur le compte Twitter de @JLMélenchon, avec #JLMchiffrage. Pendant ces 5 heures, 142 tweets ont été produits. Comme développé précédemment dans le cadre du projet #Idéo2017, le tweet comme genre du discours politique permet d’avoir une retranscription synthétique des diverses prises de paroles des personnalités politiques (matinales, meetings, conférences de presse, etc.). À ce titre, l’événement #JLMchiffrage a permis de rendre compte des différentes thématiques développées, comme le montre ce dendrogramme réalisé à partir de ce corpus des tweets :

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Image 1 : thématiques des tweets de @JLMelenchon avec @JLMchiffrage.

Cette classification lexicale, qui procède par regroupements statistiques, permet de faire émerger les grands domaines lexicaux d’un corpus, et d’en dégager les principaux thèmes. Dans ce cas, l’emploi, la pauvreté, les salaires et l’investissement sont au cœur du projet.

Pour « mesurer » la portée de cet exercice sur YouTube, j’ai relevé les articles qui, au 20 février (le lendemain), contenaient les mots-clés « Mélenchon + chiffrage » : 16 articles étaient disponibles. Parmi eux, 10 articles se focalisaient entièrement sur l’événement YouTube. En procédant à la même analyse thématique, la classification suivante est obtenue :

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Image 2 : thématiques issues des 10 articles de presse liés au chiffrage de son programme.

Il est question d’emploi, d’impôt, d’investissement (dans le logement notamment) et du service public. On perçoit donc quelques différences de point de vue et de traitement (les mots les plus caractéristiques ne sont pas exactement les mêmes), mais la reprise dans la presse du sujet, des axes et des points importants, semble sérieuse et fidèle.

Ceci se mesure encore plus avec l’usage d’un autre logiciel (Tropes), qui permet de rendre compte de ce qui suit :

1) Du contexte général

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2) Des thèmes

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Bien sûr, le nombre d’occurrences des contextes ou thèmes diffère (car la taille des corpus est différentes), mais c’est l’ordre qui est intéressant : il est en effet relativement proche dans les deux colonnes, ce qui indique que la reprise par la presse du cadre et du contenu de la présentation est fidèle thématiquement, et même dans la proportion de traitement des différents sujets.

Une conclusion provisoire pourrait donc être qu’un tel exercice sur YouTube, même long et technique, reçoit une écoute attentive et permet une retranscription fidèle.

L’écologie passe inaperçue

Pour vérifier cette hypothèse, j’ai procédé à une analyse similaire autour de l’intervention de Jean-Luc Mélenchon lors de la journée de l’écologie de la France insoumise, le 25 février dernier. 86 tweets ont été publiés sur le compte @JLMelenchon avec le #EcologieFI (pour écologie France insoumise). La production d’articles étant moindre, j’ai étendu au lendemain et surlendemain, soit les 26 et 27 février, avec une recherche par les mots-clés « Mélenchon + écologie » : 8 articles sont ainsi trouvés, mais un seul évoque précisément l’événement sur YouTube – les autres traitent de l’alliance du PS avec les écologistes notamment et ne font que mentionner le candidat Mélenchon.

La taille du corpus ne permet pas de faire les mêmes analyses thématiques, mais le relevé des mots les plus employés dans les deux corpus est néanmoins éclairant :

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Image 3 : Lexique dans les tweets #EcologieFI

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Image 4 : Lexique de l’article

Alors que le candidat Mélenchon étaye son propos avec des considérations politiques assez abstraites (capitalisme, modèle) ou sur l’Europe, l’article s’intéresse davantage à l’agriculture (en lien avec le salon de l’agriculture notamment) et au contexte électoral.

Cet autre exercice sur YouTube n’offre donc pas du tout la même conclusion que le premier : alors que le chiffrage conduisait à une reprise dans plusieurs articles, avec une certaine fidélité et consistance, l’écologie passe inaperçue, à la fois quantitativement (1 seul article) et qualitativement (déperdition des aspects théoriques et fondamentaux au profit des aspects contextuels du salon de l’agriculture).

Le message peut annihiler le média

Ainsi, si la stratégie de Jean-Luc Mélenchon sur YouTube connaît souvent une bonne efficacité, on peut dire que le sujet est également d’une grande importance, et en la matière, le chiffrage est plus populaire que l’écologie. Le médium est peut-être parfois le message, mais le message peut en retour annihiler le médium. Le bon moment pour la communication politique de mieux penser la complexité des rapports entre fond et forme, et le lien consubstantiel entre les deux.

Plus en rapport avec le sujet du projet #Idéo2017 évoqué plus haut, cette distinction montre que Twitter reste un bon moyen d’accès à l’information politique, puisque la déperdition d’information constatée dans la presse ne se produit pas dans les tweets. Le réseau social joue donc le rôle de médium social, et conforte l’intérêt d’une étude des messages qui y sont produits.

Julien Longhi, Professeur des universités en sciences du langage, Université de Cergy-Pontoise

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

#Idéo2017, une plate-forme d’analyse des tweets politiques made in Val-d’Oise

Anne Collin
05 mars 2017, 12h00

Cergy, le 17 janvier 2017. Julien Longhi est professeur des universités en sciences du langage à l’université de Cergy-Pontoise (UCP). LP/A.C.

Que nous apprennent les tweets des candidats à la présidentielle ? Quels sont les thèmes récurrents relayés sur ce réseau social pendant la campagne ? C’est ce que propose de découvrir #Idéo2017, une plate-forme d’analyse de ces petits messages de 140 caractères postés par les politiques. Un outil créé par Julien Longhi, professeur en sciences du langage à l’université de Cergy-Pontoise (UCP).

Lire la suite sur le site du Parisien 

La thèse de l’assassinat ou comment le justiciable François Fillon tente de devenir justicier

Article publié sur le Huffington Post

Quelques heures à peine après la conférence de presse de François Fillon, qui a annoncé son maintien dans la course à l’élection présidentielle, beaucoup de commentaires ont repris la forme de la conférence, certains termes emblématiques, ou ont commenté l’opportunité de cette déclaration.

Afin de mettre en valeur la stratégie du candidat, j’ai repris la déclaration, et je l’ai soumise à un traitement linguistique et statistique, afin d’en faire ressortir certains traits, qui permettent ensuite d’analyser l’argumentation du candidat.

Ce qui est remarquable, et se repère statistiquement, c’est que le texte est clairement organisé autour de 3 pôles lexicaux (mots utilisés), qui caractérisent respectivement: le début de la déclaration; la séquence sur l’assassinat; la fin. Ce graphique l’illustre:

Ainsi les parties intitulées « Déclaration » (débuts)/ »faits »/la définition de « justiciable » sont associées, « Assassinat » est isolé, et « Convocation »/ »France »/ira jusqu’au « bout » sont proches.

Ceci permet aussi de noter que le discours est particulièrement travaillé, et de repérer la stratégie argumentative.

La présentation comme « victime »

Dans la première partie, François Fillon se définit comme victime: « je ne reconnais pas les faits », « je n’ai pas été traité comme un justiciable comme les autres », « La présomption d’innocence a complètement et entièrement disparu ».

La victime d’un assassinat

Après cette séquence assez technique et descriptive, il se désigne victime d’un assassinat, ce qui est le cœur de son argumentation: en effet, avec l’assassinat, on a la qualification du « crime » (injuste, destruction, préjudice), et la désignation implicite d’un coupable (l’assassin).

C’est en particulier ce passage qui est représentatif:

« Nombre de mes amis politiques, et de ceux qui m’ont soutenu à la primaire et ses 4 millions de voix, parlent d’un assassinat politique. C’est un assassinat en effet, mais par ce déchaînement disproportionné, sans précédent connu, par le choix de ce calendrier, ce n’est pas moi seulement qu’on assassine. C’est l’élection présidentielle. C’est le vote des électeurs de la droite et du centre qui est fauché. C’est la voix des millions de Français qui désirent une vraie alternance qui est muselée. C’est le projet du redressement national que je porte qui est expulsé du débat. C’est la liberté du suffrage et c’est la démocratie politique elle-même qui sont violemment percutées. »

Cette séquence est caractérisée par la forte présence du verbe « être », notamment avec le « c’ « , qui permet à François Fillon d’argumenter par la construction d’évidences et de réalités (« cela est »):

 

Textuellement aussi, ce paragraphe est intéressant, car sa construction est très bien calculée:

  • Il débute par une mise en scène énonciative: le candidat n’assume pas la paternité de la nomination « assassinat » mais la délègue;
  • Cette délégation est accordée de manière « crescendo »: « Amis », « soutiens », « 4 millions de voix »: ils parleraient tous d’un assassinat, alors même que cette affirmation est une appréciation « filtrée » de la réalité;
  • Le crime commis est en fait plus large: c’est l’élection qui est assassinée;
  • Si on parle d’assassinat, cela présuppose un « assassin », donc un coupable: il rejette la culpabilité sur quelqu’un (la justice, ou ceux qui ont orchestré cette enquête);
  • Il utilise un lexique de la violence: violence routière (« fauché », « percutée ») ou oppressive (« muselée », « expulsé »).

La victime, c’est la France: le crime est violent

Posé ainsi en victime, le candidat se distingue néanmoins de la posture de Marine Le Pen: « Je veux qu’il ne subsiste aucun doute à cet égard: je me rendrai à la convocation des juges. Je suis respectueux de nos institutions ». Ainsi présenté comme victime, il ne s’oppose pas au « système », mais justifie sa décision: « Je ne céderai pas. Je ne me rendrai pas. Je ne me retirerai pas. J’irai jusqu’au bout parce qu’au-delà de ma personne, c’est la démocratie qui est défiée ».

Le texte se poursuit notamment par le recours à la « France »:

« La France est plus grande que nous. Elle est plus grande que mes erreurs. Elle est plus grande que les partis pris d’une large part de la presse. Elle est plus grande que les emballements de l’opinion elle-même. »

Même s’il concède des « erreurs » (qui résonne avec le « je ne me rendrai pas » précédent, et maintient néanmoins un certain degré de culpabilité), il place sa défense en lien avec quelque chose qui « nous » dépasse, et dont la légitimité ne peut être niée. Il prend ainsi de la hauteur, et prétend incarner un nouveau rôle.

De justiciable accusé à justicier

Ainsi, par cette scénarisation habile, de la victime à l’assassinat, de lui à la France, François Fillon justifie son maintien à l’élection (malgré ce qu’il avait affirmé) par la lecture des événements comme « assassinat démocratique »: ce n’est donc pas personnellement qu’il prend sa décision, mais pour réparer une injustice, un crime. Face à une accusation, il se positionne comme victime d’un crime; comme soumis à la justice, il se présente comme défenseur contre l’injustice. La partie centrale de la déclaration, isolable par sa forme et ses éléments de langage, prouve ce travail de construction d’un réel (« c’est »), qui vise à articuler, par le pivot de l’ « assassinat », cette « transition » du rôle d’un justiciable accusé à un justicier défenseur, et défenseur contre l’injustice.

Le tweet, un genre du discours politique