Les candidats vus à travers les mots qu’ils ont le plus utilisés au « Grand débat » de la présidentielle

Au lendemain du grand débat pour la présidentielle, où 5 des 11 candidats ont pu exposer leurs idées et leurs programmes sur différents sujets, chaque camp commente les échanges, en déduit la victoire de son candidat, ou s’appuie sur différents sondages qui donnent « victorieux » tel ou tel candidat. Dans cette analyse, je m’intéresse au combat des mots, à travers les termes employés dans les réponses des candidats lors du débat, afin de déterminer ce qui est spécifique à chacun d’entre eux.

Le corpus d’étude est constitué des tweets produits sur les comptes des 5 candidats (conformément à la méthodologie développée dans le cadre du projet #Idéo2017 qui considère le tweet politique comme un genre spécifique du discours politique), ces tweets reproduisant leurs déclarations lors du débat, soit:

38 tweets sur le compte de Benoît Hamon, 27 sur le compte d’Emmanuel Macron, 42 sur le compte de François Fillon, 99 sur celui de Jean-Luc Mélenchon, et 113 sur celui de Marine Le Pen.

Pour « mesurer » les aspects caractéristiques des différents candidats, j’utilise un calcul de spécificités, qui est un calcul statistique indiquant si les occurrences d’un mot paraissent en sur-effectif (ou en sous-effectif) chez un candidat par rapport à l’ensemble du corpus et en comparaison avec les autres candidats.

Ceci permet de dresser des profils lexicaux des candidats qui sont significatifs comparativement à leurs concurrents. Il en ressort quelques résultats surprenants, mais beaucoup très cohérents avec les profils discursifs déjà caractérisés dans de précédentes études.

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Le Pen and Macron: same words but different meanings

By Julien Longhi, professor of linguistics, Université de Cergy-Pontoise

Marine Le Pen and Emmanuel Macron are the pollsters’ favourites to go head-to-head in the second round of the French presidential elections. While they come from different backgrounds, both candidates oppose belonging to an established political “system”; both claim to represent the “people”; and both benefit from an appreciation for what is “new or novel” in French politics. They distinguish themselves, however, on subjects including the future of Europe or the Euro single currency.

In order to provide a complimentary point of view to political, economic and judicial punditry, I propose here a linguistic analysis of the candidates’ two programmes based on statistical analysis called textometry. This method of analysis highlights the specific aims of each programme as well as comparing the goals of the two candidates.

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Les politiques ne maîtrisent pas toujours la violence symbolique de leur langage

Par  

François Fillon a déclenché de vives réactions sur les réseaux sociaux après avoir répété qu il n’était pas « autiste » au JT de France 2. Comment expliquer l’ampleur de cette polémique ? Décryptage avec l’aide d’un spécialiste.

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Jean-Luc Mélenchon sur YouTube : « The medium is the message », mais pas toujours

Julien Longhi, Université de Cergy-Pontoise

La célèbre phrase de Marshall McLuhan, « The medium is the message », incite à penser que le médium a une grande importance sur la transmission d’un message. À ce titre, l’usage de YouTube par Jean-Luc Mélenchon est intéressant, car il rencontre une forte audience, et vraisemblablement une écoute attentive. Ceci a notamment été perçu lors du chiffrage de son programme, le 19 février, pendant plus de 5 heures. The Conversation

Les points importants de cette vidéo ont été repris sur le compte Twitter de @JLMélenchon, avec #JLMchiffrage. Pendant ces 5 heures, 142 tweets ont été produits. Comme développé précédemment dans le cadre du projet #Idéo2017, le tweet comme genre du discours politique permet d’avoir une retranscription synthétique des diverses prises de paroles des personnalités politiques (matinales, meetings, conférences de presse, etc.). À ce titre, l’événement #JLMchiffrage a permis de rendre compte des différentes thématiques développées, comme le montre ce dendrogramme réalisé à partir de ce corpus des tweets :

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Image 1 : thématiques des tweets de @JLMelenchon avec @JLMchiffrage.

Cette classification lexicale, qui procède par regroupements statistiques, permet de faire émerger les grands domaines lexicaux d’un corpus, et d’en dégager les principaux thèmes. Dans ce cas, l’emploi, la pauvreté, les salaires et l’investissement sont au cœur du projet.

Pour « mesurer » la portée de cet exercice sur YouTube, j’ai relevé les articles qui, au 20 février (le lendemain), contenaient les mots-clés « Mélenchon + chiffrage » : 16 articles étaient disponibles. Parmi eux, 10 articles se focalisaient entièrement sur l’événement YouTube. En procédant à la même analyse thématique, la classification suivante est obtenue :

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Image 2 : thématiques issues des 10 articles de presse liés au chiffrage de son programme.

Il est question d’emploi, d’impôt, d’investissement (dans le logement notamment) et du service public. On perçoit donc quelques différences de point de vue et de traitement (les mots les plus caractéristiques ne sont pas exactement les mêmes), mais la reprise dans la presse du sujet, des axes et des points importants, semble sérieuse et fidèle.

Ceci se mesure encore plus avec l’usage d’un autre logiciel (Tropes), qui permet de rendre compte de ce qui suit :

1) Du contexte général

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2) Des thèmes

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Bien sûr, le nombre d’occurrences des contextes ou thèmes diffère (car la taille des corpus est différentes), mais c’est l’ordre qui est intéressant : il est en effet relativement proche dans les deux colonnes, ce qui indique que la reprise par la presse du cadre et du contenu de la présentation est fidèle thématiquement, et même dans la proportion de traitement des différents sujets.

Une conclusion provisoire pourrait donc être qu’un tel exercice sur YouTube, même long et technique, reçoit une écoute attentive et permet une retranscription fidèle.

L’écologie passe inaperçue

Pour vérifier cette hypothèse, j’ai procédé à une analyse similaire autour de l’intervention de Jean-Luc Mélenchon lors de la journée de l’écologie de la France insoumise, le 25 février dernier. 86 tweets ont été publiés sur le compte @JLMelenchon avec le #EcologieFI (pour écologie France insoumise). La production d’articles étant moindre, j’ai étendu au lendemain et surlendemain, soit les 26 et 27 février, avec une recherche par les mots-clés « Mélenchon + écologie » : 8 articles sont ainsi trouvés, mais un seul évoque précisément l’événement sur YouTube – les autres traitent de l’alliance du PS avec les écologistes notamment et ne font que mentionner le candidat Mélenchon.

La taille du corpus ne permet pas de faire les mêmes analyses thématiques, mais le relevé des mots les plus employés dans les deux corpus est néanmoins éclairant :

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Image 3 : Lexique dans les tweets #EcologieFI

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Image 4 : Lexique de l’article

Alors que le candidat Mélenchon étaye son propos avec des considérations politiques assez abstraites (capitalisme, modèle) ou sur l’Europe, l’article s’intéresse davantage à l’agriculture (en lien avec le salon de l’agriculture notamment) et au contexte électoral.

Cet autre exercice sur YouTube n’offre donc pas du tout la même conclusion que le premier : alors que le chiffrage conduisait à une reprise dans plusieurs articles, avec une certaine fidélité et consistance, l’écologie passe inaperçue, à la fois quantitativement (1 seul article) et qualitativement (déperdition des aspects théoriques et fondamentaux au profit des aspects contextuels du salon de l’agriculture).

Le message peut annihiler le média

Ainsi, si la stratégie de Jean-Luc Mélenchon sur YouTube connaît souvent une bonne efficacité, on peut dire que le sujet est également d’une grande importance, et en la matière, le chiffrage est plus populaire que l’écologie. Le médium est peut-être parfois le message, mais le message peut en retour annihiler le médium. Le bon moment pour la communication politique de mieux penser la complexité des rapports entre fond et forme, et le lien consubstantiel entre les deux.

Plus en rapport avec le sujet du projet #Idéo2017 évoqué plus haut, cette distinction montre que Twitter reste un bon moyen d’accès à l’information politique, puisque la déperdition d’information constatée dans la presse ne se produit pas dans les tweets. Le réseau social joue donc le rôle de médium social, et conforte l’intérêt d’une étude des messages qui y sont produits.

Julien Longhi, Professeur des universités en sciences du langage, Université de Cergy-Pontoise

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

La thèse de l’assassinat ou comment le justiciable François Fillon tente de devenir justicier

Article publié sur le Huffington Post

Quelques heures à peine après la conférence de presse de François Fillon, qui a annoncé son maintien dans la course à l’élection présidentielle, beaucoup de commentaires ont repris la forme de la conférence, certains termes emblématiques, ou ont commenté l’opportunité de cette déclaration.

Afin de mettre en valeur la stratégie du candidat, j’ai repris la déclaration, et je l’ai soumise à un traitement linguistique et statistique, afin d’en faire ressortir certains traits, qui permettent ensuite d’analyser l’argumentation du candidat.

Ce qui est remarquable, et se repère statistiquement, c’est que le texte est clairement organisé autour de 3 pôles lexicaux (mots utilisés), qui caractérisent respectivement: le début de la déclaration; la séquence sur l’assassinat; la fin. Ce graphique l’illustre:

Ainsi les parties intitulées « Déclaration » (débuts)/ »faits »/la définition de « justiciable » sont associées, « Assassinat » est isolé, et « Convocation »/ »France »/ira jusqu’au « bout » sont proches.

Ceci permet aussi de noter que le discours est particulièrement travaillé, et de repérer la stratégie argumentative.

La présentation comme « victime »

Dans la première partie, François Fillon se définit comme victime: « je ne reconnais pas les faits », « je n’ai pas été traité comme un justiciable comme les autres », « La présomption d’innocence a complètement et entièrement disparu ».

La victime d’un assassinat

Après cette séquence assez technique et descriptive, il se désigne victime d’un assassinat, ce qui est le cœur de son argumentation: en effet, avec l’assassinat, on a la qualification du « crime » (injuste, destruction, préjudice), et la désignation implicite d’un coupable (l’assassin).

C’est en particulier ce passage qui est représentatif:

« Nombre de mes amis politiques, et de ceux qui m’ont soutenu à la primaire et ses 4 millions de voix, parlent d’un assassinat politique. C’est un assassinat en effet, mais par ce déchaînement disproportionné, sans précédent connu, par le choix de ce calendrier, ce n’est pas moi seulement qu’on assassine. C’est l’élection présidentielle. C’est le vote des électeurs de la droite et du centre qui est fauché. C’est la voix des millions de Français qui désirent une vraie alternance qui est muselée. C’est le projet du redressement national que je porte qui est expulsé du débat. C’est la liberté du suffrage et c’est la démocratie politique elle-même qui sont violemment percutées. »

Cette séquence est caractérisée par la forte présence du verbe « être », notamment avec le « c’ « , qui permet à François Fillon d’argumenter par la construction d’évidences et de réalités (« cela est »):

 

Textuellement aussi, ce paragraphe est intéressant, car sa construction est très bien calculée:

  • Il débute par une mise en scène énonciative: le candidat n’assume pas la paternité de la nomination « assassinat » mais la délègue;
  • Cette délégation est accordée de manière « crescendo »: « Amis », « soutiens », « 4 millions de voix »: ils parleraient tous d’un assassinat, alors même que cette affirmation est une appréciation « filtrée » de la réalité;
  • Le crime commis est en fait plus large: c’est l’élection qui est assassinée;
  • Si on parle d’assassinat, cela présuppose un « assassin », donc un coupable: il rejette la culpabilité sur quelqu’un (la justice, ou ceux qui ont orchestré cette enquête);
  • Il utilise un lexique de la violence: violence routière (« fauché », « percutée ») ou oppressive (« muselée », « expulsé »).

La victime, c’est la France: le crime est violent

Posé ainsi en victime, le candidat se distingue néanmoins de la posture de Marine Le Pen: « Je veux qu’il ne subsiste aucun doute à cet égard: je me rendrai à la convocation des juges. Je suis respectueux de nos institutions ». Ainsi présenté comme victime, il ne s’oppose pas au « système », mais justifie sa décision: « Je ne céderai pas. Je ne me rendrai pas. Je ne me retirerai pas. J’irai jusqu’au bout parce qu’au-delà de ma personne, c’est la démocratie qui est défiée ».

Le texte se poursuit notamment par le recours à la « France »:

« La France est plus grande que nous. Elle est plus grande que mes erreurs. Elle est plus grande que les partis pris d’une large part de la presse. Elle est plus grande que les emballements de l’opinion elle-même. »

Même s’il concède des « erreurs » (qui résonne avec le « je ne me rendrai pas » précédent, et maintient néanmoins un certain degré de culpabilité), il place sa défense en lien avec quelque chose qui « nous » dépasse, et dont la légitimité ne peut être niée. Il prend ainsi de la hauteur, et prétend incarner un nouveau rôle.

De justiciable accusé à justicier

Ainsi, par cette scénarisation habile, de la victime à l’assassinat, de lui à la France, François Fillon justifie son maintien à l’élection (malgré ce qu’il avait affirmé) par la lecture des événements comme « assassinat démocratique »: ce n’est donc pas personnellement qu’il prend sa décision, mais pour réparer une injustice, un crime. Face à une accusation, il se positionne comme victime d’un crime; comme soumis à la justice, il se présente comme défenseur contre l’injustice. La partie centrale de la déclaration, isolable par sa forme et ses éléments de langage, prouve ce travail de construction d’un réel (« c’est »), qui vise à articuler, par le pivot de l’ « assassinat », cette « transition » du rôle d’un justiciable accusé à un justicier défenseur, et défenseur contre l’injustice.

Le FN en 144 engagements, et 140 signes

Julien Longhi, Université de Cergy-Pontoise

Le 4 février, le Front national (FN) a dévoilé le programme de Marine Le Pen, à travers 144 engagements. Toujours coordonnés et efficaces sur les réseaux sociaux et le web, les différents comptes actifs du parti ont relayé les propositions :

ou

ou encore

 

Ce programme décline la France en un certain nombre d’adjectifs : « libre », « sûre », « prospère », « juste », « fière », « puissante » et « durable ».

Et depuis, ce week-end et lundi notamment, le FN a été bien présent dans les émissions politiques. J’ai choisi de m’intéresser aux passages de Marine, Marion Le Pen et Florian Philippot. Lesquels ont été repris sur les comptes Twitter :

  • Compte de @MLP_officiel avec #LeGrandRDV : 19 tweets
  • Compte de @Marion_M_Le_Pen avec #LeGrandJury : 94 tweets
  • Compte @FN_officiel avec #PolMat qui a relayé le passage de Florian Philippot : 16 tweets

En effet, la communication numérique orchestrée sur ces comptes montre bien que Twitter est un relais quasi exhaustif de la prise de parole médiatique lors de campagnes : les interviews, réactions, etc. sont « live-tweetées » par les community managers des candidats, sur le compte officiel de la personnalité, ou celui du parti.

On est bien loin de la caricature de la réduction de la pensée en 140 signes, que l’on peut entendre de manière récurrente, et ce dimanche même par exemple par Lucas Belvaux dans #cpolitique :

À partir de ce petit corpus (129 tweets), j’ai procédé à une analyse textométrique qui permet de faire émerger les grands thèmes abordés. La figure suivante présente les résultats


J. Longhi/DR

Si la classe 1 regroupe des éléments techniques (# et @), la classe 2 reprend les éléments véhiculés par Marine Le Pen, la classe 3 ceux par Florian Philippot, et les classes 4 et 5 par Marion Maréchal Le Pen.

À partir de ce repérage, nous pouvons détailler la manière dont ces thèmes sont abordés.

Marine Le Pen et la monnaie : la France « libre », « prospère » et « juste »

Le discours de Marine Le Pen reprend les thèmes principaux et habituels du FN, mais elle thématise particulièrement la question de la monnaie :

En plus d’être un argument économique, cette question devient un élément patriotique : une monnaie nationale est pour elle nécessaire pour être un « pays libre ». En outre, elle permettrait à la France de ne plus être une victime :

Avec le terme « chantage », qui place la France en position de victime, le coupable étant implicitement l’Union européenne…

Ce programme monétaire est, en outre, le socle de la justice revendiquée dans le programme :

Pour Florian Philippot, la France « juste » et « sûre »

Florian Philippot a un discours assez large, qui balaye des sujets de politique (comme François Fillon) :

Ce discours lui permet d’aborder aussi d’autres questions, comme la sécurité, ou encore les questions démocratiques plus globales :

Marion Maréchal Le Pen : la France « sûre » et « fière »

De son côté, Marion Maréchal Le Pen a un discours très tranché, qui s’inscrit notamment dans la thématique du peuple contre les élites :

L’exemple de Trump permet de mettre à distance les « élites », et de tirer profit de la fierté du peuple. Ceci justifie également le discours face à l’immigration sous couvert de « sûreté », en associant dans un même temps et sans précautions « ressortissants » et « terrorisme » :

Elle adopte un discours également très incisif envers les « jeunes » :

Et « défend » une certaine image de la jeunesse :

À partir de ce petit corpus, nous pouvons donc examiner la mise en œuvre de la communication du FN autour des propositions de sa candidate : à travers des émissions médiatiques de forte audience, et le relais des séquences les plus fortes sur les réseaux sociaux, les figures emblématiques mettent en musique la partition gérable proposée dans les propositions : « sûreté », « fierté », « liberté », « prospérité », etc., sont mis en discours de manière plus ou moins spécifique (à travers la monnaie par exemple), contextuelle (en lien avec les événements de Bobigny), personnalisée (la question de la jeunesse par Marion Maréchal Le Pen), mais toujours avec une forte cohérence.

Loin de réduire la pensée, la communication sur les médias sociaux, sur Twitter en particulier, est d’une grande force et efficacité. Ne pas en tenir compte, c’est s’exposer à des effets de « bulles » médiatiques et ne pas mesurer l’impact de ces « données » sociales sur les processus électoraux.

L’application #Idéo2017 proposera prochainement des manières de mieux percevoir et appréhender ces stratégies, et ce chez l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle.

The Conversation

Julien Longhi, Professeur des universités en sciences du langage, Université de Cergy-Pontoise

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Emmanuel Macron and Twitter: how France’s leading presidential candidate is building a narrative

Julien Longhi, Université de Cergy-Pontoise

With France now in the full swing of its presidential campaign, the importance for each politician to have a compelling narrative has never been clearer.

This is particularly true for Emmanuel Macron, former finance minister, who has been working to build a national following outside of the country’s two mainstream political parties. While he served in the Socialist government of outgoing president François Hollande, he was never a member of the party, nor of the opposing Républicains. His August resignation sparked rumours of a presidential bid, and he finally declared his candidacy in November as the leader of his own political movement, called “En Marche!” (Forward!).

The concept that stories, not ideas, drive voters’ decisions found their way to France by way of a 2007 book by Christian Salmon, “Storytelling: The Machine for Creating Ideas and Forming Minds” and subsequently spread to political commentators. While the borrowed-from-English term “storytelling” is sometimes used here to describe routine political communications, the importance for candidates to create a narrative was understood, and Macron has taken the lesson to heart.

Macron has been called a “catch-all candidate” but it’s one thing to attract interest from across the political spectrum and another to win France’s highest office. What’s required is a communications narrative that brings it all together, and Macron has been working assiduously to build one.

We and us

To better understand narratives within the shifting range of political campaigns in France – from actions taken before candidacies are even declared into the primaries themselves and beyond – our research team developed a Twitter analysis methodology as part of the project #Idéo2017. In particular, we used the software program Tropes, which allows us to describe the style of a body of text – or tweets, in this case.

Our work focused on 500 tweets published by Emmanuel Macron’s account (@EmmanuelMacron) up to January 20, 2016. Summed up, the results are:

  • Narrative: the tweets tell a story at a particular moment in time and in a specific place

Digging deeper into the tweets, the word “we” is particularly present. A comparison with the tweets from the account of François Fillon (@francoisfillon, candidate of the centre-righ Les Républicains, highlights the importance of “us” in Emmanuel Macron’s narrative. For example:

Here, “We need Europe” followed by “Europe makes us bigger and makes us stronger”. This is sometimes combined with “you”, bringing readers into the narrative:

“The spring will be ours”, Macron tweets, a reference to the upcoming May election. “You will triumph for our ideas”.

Macron’s narrative falls within a framework of continuous movement, embodied in the very name of Macron’s policial group, “En marche!”, which I analysed earlier.

We combine the use of “we” and the feeling of a political movement being “set in motion” with the themes being evoked to better understand the narrative Macron and his team are working to build. This emerges visually on the word cloud extracted from within the body of tweets:

The most common words – “Europe”, “France”, “French”, “country” – are combined elements that evoke the physical context of the story being told (“enmarchebordeaux”, “macronlille”, “macronclermont”) and supported by more programmatic elements (“work”, “revolution”, “health”).

Characters, scenery and a man of action

This is further elaborated on the following graphic, which highlights Macron’s major themes:

The two central columns concern Europe (column 1, with verbs like “take”, “act”, “render”, “re-create”) and France (column 2, with terms such as “project”, “emancipation”, “build”) and have the greatest lexical proximity. Thus, the narrative being proposed to French citizens links them to Europe, through which the changes and proposals largely pass.

By analysing the relationships between categories, it is possible to separate elements within the tweets between those that take action and those that are acted upon: “Macron” and “enmarche” (his party) are change agents, while “Europe”, “French”, “nation”, “project”, or “work” are being acted upon. This acting-on/acted-upon dynamic can be seen in the following tweets:

Marcron tweets: “I want unemployment protection to become a universal protection.” Another example follows: “Because I’m the candidate of those who work, I want to simplify the regulations for those who create and innovate.

Or in this tweet:

Here Macron writes, among other things: “Today I defend one sovereign Europe, one Europe that unites its people.” Linguistically, the connection of action to politics is explicit.

Creating the narrative thread

A cloud of words in category 4, relating to Macron’s proposed political program, brings this home:

Many of the terms relate to employment and the economy, as well as the actors within these themes – “employee”, “company”, “student”). Within these tweets, Macron does the following:

  • Sketches out a landscape (France and more generally Europe) that itself requires certain postures and actions;
  • Places himself as the active player within the setting who is the driving force of action;
  • Interacts with a range of others, performing actions generated by the narrative thread.

While some recent polls show Macron as one of the leading candidates – particularly as François Fillon’s difficulties worsen – it’s hard to say how this might play out in the election itself, particularly given recent polling difficulties in other countries.

In his campaign for presidency of France, Macron is very much developing a narrative, with a range of tools widely used today in storytelling. And the psychological and cultural dimensions of the narrative – familiar stories, persuasiveness, projection and emotion – help explain its current success.

The Conversation

Julien Longhi, Professeur des universités en sciences du langage, Université de Cergy-Pontoise

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Ce que vous pensez de l’affaire Fillon selon que vous employez #PenelopeGate ou #FillonGate

Article initialement paru dans le Huffington Post

Les réseaux sociaux donnent accès à une abondante production de commentaires à propos des événements qui entourent François Fillon. Dans ce cas, deux fils de messages sont concurrents sur Twitter (même si des messages s’inscrivent dans les deux) : #Fillongate, et #Pénélopegate. Il serait déjà probablement intéressant de s’intéresser à la dysmétrie introduite entre « Fillon » et « Pénélope » (et pourquoi pas « François » et « Pénélope », mais ce n’est pas l’objet de ce billet).

Pour essayer de tirer des informations de ces fils de messages, nous avons extrait (dans le cadre du projet #Idéo2017) les 17045 tweets/retweets de #Fillongate entre le 04/02 et le 06/02 d’un côté, et les 15587 tweets/retweets de #Penelopegate 04/02 et 06/02.

L’analyse des formes utilisées dans ces deux corpus ne semble pas très différente en apparence :

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Formes dans le corpus #Fillongate Formes dans le corpus #Penelopegate

Dans les deux cas, le terme « affaire » est employé, qui dans ce cas a le sens de « scandale ». Mais si on cherche ce qui distingue ces deux corpus, on entrevoit deux lectures légèrement différentes de cette affaire.

Le #Penelopegate: du bénévolat à la théorie du complot

Dans le cas du #Penelopegate, deux éléments se distinguent: le recours à l’ambigramme, et l’usage de « Macron ».

Concernant l’ambigramme, ce tweet nous explique ce dont il s’agit :

 

Ceci donne une existence ludique à l’association entre « Pénélope » et « Bénévole ». Bien que ludique, cette association a du sens dans le corpus: un travail bénévole n’est pas rémunéré, or Pénélope Fillon est accusée de ne pas avoir travaillé, mais d’avoir reçu une rémunération. L’ambigramme n’est donc pas gratuit, mais il s’appuie sur un processus à la fois formel, et sémantique. Ceci explique son succès, et la portée qu’il obtient dans ce corpus.

L’association construite avec Emmanuel Macron est également intéressante. Si on regarde les références utilisées et leur articulation autour de « Macron », on obtient un schéma éclairant sur l’affaire :

Et qui s’explique par des tweets tels que celui-ci :

On y trouve alors associés des catégories comme « pouvoir », « collusion », « défaillance », « abomination », ou « conspiration ». La teneur de cette association est donc de dénoncer un complot.

On trouve donc dans ce corpus deux attitudes distinctes: la mise en valeur de l’affaire par l’association au bénévolat, ou sa minoration par une théorie du complot.

Le #Fillongate: la condamnation d’un délit

Dans ce corpus, la référence au « Délit » est beaucoup plus présente:

et articule à la fois des éléments généraux (« citoyens », « France », « parti_politique », « homme_politique ») mais aussi des choses qui pointent déjà l’interprétation de l’affaire (« système », « déloyauté », « média »).

La manière dont les tweetos s’inscrivent dans cette thématique est très variable.

Par exemple :

avec « caisse noire »

avec « racaille »

avec « vraies racailles »

On voit donc une forte prise de position avec un vocabulaire marqué pour dénoncer le délit. Mais on voit également comment les twittos détournent en partie le vocabulaire qui peut être utilisé par la classe politique, pour pointer le paradoxe existant entre leurs jugements et accusations, et ceux que l’on peut finalement porter sur eux. Ce corpus se distingue donc du précédent, en ce qu’il se concentre plus sur la nature de l’affaire, et son interprétation politique.

Mais les mêmes conséquences: la demande de transparence

Les messages produits dans ces deux fils donnent assurément un fort écho au besoin de « transparence », ce qui explique le succès de ce tweet donc l’efficacité ressort dans le corpus :

Dans les deux #gate finalement, c’est une vie politique plus transparente qui est souhaitée.

Le discours d’Emmanuel Macron, construction d’un storytelling

Julien Longhi, Université de Cergy-Pontoise

« L’avenir de la nation et du monde dépend de la capacité des citoyens américains à choisir les bonnes histoires. […] c’est la bataille des histoires, et non le débat sur des idées, qui détermine comment les Américains vont réagir à une compétition présidentielle. Ces récits habiles sont la principale forme d’échange de notre vie publique, ils constituent la monnaie de la politique américaine. »

C’est ce qu’affirme Evan Cornog, professeur de journalisme à l’université de Columbia, à propos des élections américaines.

Cette dimension narrative a été popularisée en France grâce notamment à Christian Salmon, et s’est ensuite diffusée auprès des commentateurs politiques, (qui en abusent parfois, qualifiant de « storytelling » des points de communication très peu concernés par la narrativité).

Le « je » et le « nous »

Pour rendre compte des diverses campagnes politiques en cours (primaires, campagne des candidats déjà déclarés), nous élaborons une méthodologie d’analyse, dans le cadre du projet #Idéo2017, qui s’appuie sur différentes fonctionnalités de logiciels existant pour analyser les tweets de compte politiques. En utilisant le Tropes, nous pouvons décrire le style d’un corpus.

En nous attachant à un recueil de 500 tweets publiés par le compte d’Emmanuel Macron (500 tweets extraits au 20 janvier), nous obtenons le résultat suivant :

  • Style plutôt narratif : raconte un récit, à un moment donné, en un certain lieu.
  • Mise en scène : dynamique, action. Prise en charge à l’aide du « Je ».

En regardant les éléments saillants dans ce corpus, le « nous » semble également particulièrement présent. Pour savoir s’il ne s’agit pas d’un trait commun aux tweets politiques de candidats, j’ai comparé avec un corpus de tweets de François Fillon. Cette comparaison fait ressortir l’importance du « nous » chez Emmanuel Macron. Par exemple :

et parfois combiné au « vous » :

Ce récit s’inscrit dans un cadre de mouvement/déplacement, bien retranscrit par le nom même de « En marche ! », que j’avais déjà analysé précédemment.

Pris dans la dynamique du « nous » et du sentiment de « mise en marche », différents thèmes sont alors combinés, comme autant d’éléments narratifs dans le storytelling constitué. Ceci ressort visuellement sur le nuage de mots constitué à partir de ce corpus :

.

Les mots les plus fréquents – « Europe », « France, « français », « pays » – sont pris entre les éléments contextuels du récit (« enmarchebordeaux », « macronlille », « enmarche.fr », « macronclermont »), et étayés par des éléments plus programmatiques (« travail », « révolution », « santé »).

Les personnages, le décor, les actions

Ceci se dessine davantage encore sur le graphique suivant, qui permet de faire émerger les grandes thématiques convoquées par le candidat :

Les classes lexicales 1 et 2 concernent en effet l’Europe (avec des verbes comme « prendre (risque) », « agir », « rendre », « recréer ») et la France (avec des termes comme « projet », « émancipation », « construire », « venir », « porter »), et sont deux classes ayant une certaine proximité. Le récit proposé aux Français est donc lié à l’Europe, et les changements et propositions passent largement par l’Europe.

Grâce à une analyse des relations entre les catégories dans le logiciel Tropes, il est possible de caractériser les catégories employées dans les tweets, mais préciser également si elles sont des « actants », ou des « actés » (agent de l’action, patient/objet de l’action). Il ressort que les catégories « Macron » et « enmarche » sont des actants, alors qu’« Europe », « français », « nation », « projet », ou « travail », sont des actés.

La dimension dynamique engagée par le lexique, le nom du mouvement, se retrouve aussi dans la répartition des rôles dans le récit : le protagoniste (le candidat) ne subit pas l’action, mais est l’acteur des actions. On le voit dans les tweets suivants :

ou

ou encore

On reconnaît linguistiquement une dimension active et volontariste de l’action politique.

Il est également notable qu’Emmanuel Macron aborde concrètement une pluralité de sujets dans la classe 4 repérée plus haut, que l’on pourrait considérer comme la catégorie programmatique, qui s’appuie sur les classes narratives autour de la France et de l’Europe.

La trame narrative

Le nuage de mots de cette catégorie est d’ailleurs probant :

On y trouve de nombreux termes liés à l’emploi et à l’économie, ainsi que les acteurs de ces thématiques (salarié, entreprise, étudiant).
Tout se passe comme si le candidat Macron :

  • esquissait un décor qui motive de lui-même une certaine posture et certaines actions (la France et de manière plus générale d’Europe) ;
  • occupait dans ce décor un rôle actif, qui constitue le moteur de l’action (avec des verbes et des substantifs qui renvoient à l’action, au changement, etc.) ;
  • participait à des actions riches en interactants, et en actions générées par le fil narratif.

Alors que certains sondages créditent Emmanuel Macron d’intentions de vote assez conséquentes, et que certains commentateurs s’étonnent de cette « bulle » sondagière, il est intéressant de constater que ce candidat se démarque également par sa stratégie narrative, repérable même dans ses tweets : usage du « je » et du « nous », mise en scène d’un « décor » constitué par la France et l’Europe, utilisation d’éléments lexicaux comme autant de composants du récit constitué, rôle d’acteur vis-à-vis des sujets politiques qui sont des « actés ».

Il élabore en effet une communication narrative, qui met à profit différents ressorts utilisés aujourd’hui dans le storytelling. Cette forme narrative de communication entre, en outre, en adéquation avec des dimensions psychologiques et culturelles (familiarité des histoires, pouvoir de conviction par le recours à une forme d’intelligence narrative, projection et émotion), ce qui contribue à expliquer son succès actuel.

The Conversation

Julien Longhi, Professeur des universités en sciences du langage, Université de Cergy-Pontoise

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Pour Valls, Montebourg et Hamon, le mot « travail » ne veut pas exactement dire la même chose

Article initialement publié dans le Huffington Post

Au cours de la primaire de gauche, la conception du travail des candidats, à travers notamment celle du revenu universel, a pris une place importante. Ceci était déjà perceptible dans une précédente étude, réalisée sur les tweets des comptes des candidats à la primaire de gauche du 31/12/2016 au 6/01/2017 où on voyait notamment que ce thème était particulièrement abordé par Benoit Hamon.

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Ceci est toujours très perceptible dans ses récentes prises de parole:

– sur la mise en place :

 

 

– sur le travail comme objet à « partager » :

 

– ou sur les mutations du travail :

 

Ce candidat connaît une percée notable dans les sondages, et sur cette question, une grande partie des débats et controverses concerne moins la faisabilité de cette mesure, ou son coût, que la question des valeurs, et même du sens, attribués au mot « travail ». Ceci s’est d’ailleurs ressenti lors du 3ème débat qui a eu lieu le 19 janvier.

Les sens de « travail » en débat

Lorsque des mots sont en débat, un réflexe courant est de se référer au dictionnaire. En cherchant dans le TLFI (Trésor de la langue française informatisé), on obtient :

Activité humaine exigeant un effort soutenu, qui vise à la modification des éléments naturels, à la création et/ou à la production de nouvelles choses, de nouvelles idées.

Ou encore

Activités ou ensemble d’activités utiles qu’il est nécessaire d’accomplir

Activité contraignante qui occupe

Si « le recours au dictionnaire est souvent l’occasion d’une confirmation – plus rarement d’une problématisation – des représentations du sens commun« , on comprend donc que les aspects d’effort, d’utilité, ou de contrainte, sont souvent associées à ce mot.

D’ailleurs ceci est généralement motivé par le recours à l’étymologie, qui sert souvent à justifier tel ou tel argument.

L’étymologie à prendre avec discernement

Ce retour à l’étymologie est à considérer de manière sérieuse et raisonnée. En effet, la langue évolue, les sens s’enrichissent, se perdent, les langues entrent en contact, le monde change, etc. Pour « travail », mon collègue Franck Lebas s’est penché sur ce qu’il nomme « L’arnaque de l’étymologie du mot ‘travail' ».

A propos de l’étymologie de « travail » qui dériverait du latin « Trepalium », instrument de torture, il écrit :

Cette hypothèse permet de conforter l’idée selon laquelle le travail serait, intrinsèquement, une souffrance, voire un supplice. Cette interprétation linguistique est aussi exploitée par certaines organisations qui stigmatisent le travail vu comme une activité rémunératrice mais pénible, pour valoriser les activités qui procurent de la satisfaction et qui, elles, appartiennent à la sphère des loisirs, de l’utilité sociale, etc. Ces raisonnements sur l’histoire des mots sont doublement frauduleux : ils tentent, d’une part, d’essentialiser une dimension de l’organisation sociale, pour mieux discréditer les idées progressistes. D’autre part, ils alimentent une idée reçue sur le langage, selon laquelle les sources anciennes des mots touchent à la « vérité » des choses.

Il ajoute même qu’il est de « construire, dans le cadre de ces démarches purement idéologiques, de faux parcours étymologiques », ce qui est arrivé au mot travail.

Il ajoute que le « passage du latin tripalium à l’ancien français travaillier, proche ancêtre du verbe moderne travailler, via un verbe hypothétique *tripaliare, est hautement improbable »:

Cette hypothèse autour de tripalium a déjà été contestée, par d’éminents linguistes, dont Émile Littré et Michel Bréal, qui ont privilégié l’influence d’un autre étymon, le latin trabs qui signifie « poutre » et qui a généré entraver. L’idée est que la notion de souffrance, qu’on décèle dans beaucoup d’emplois du mot travail dès son apparition au XIIème siècle, exprimerait ce que ressent l’animal quand on l’entrave (on immobilisait les animaux afin de soigner une blessure ou de les ferrer, par exemple).

Mon propos n’est pas ici de contribuer à l’étude étymologique de ce mot. Ce détour permet néanmoins de considérer le mot « travail » comme un terme moins stablement rattaché à un imaginaire spécifique, et plus enclin à être mis en discussion. C’est notamment ce qui est à l’œuvre dans les débats autour du revenu universel. En effet, tout comme le travail fatigue, est pénible, est contraignant, il est également admis, dans le stock de stéréotypes attachés linguistiquement à ce mot, que le travail rapporte de l’argent. Or, l’idée d’un revenu universel contribue à disjoindre le travail et le revenu. Ceci est donc considéré comme problématique, car allant à l’encontre du sens attribué, voire de notre sentiment linguistique. Les positions divergentes de certains candidats à la primaire de gauche contribue au débat.

3 positions différents sur le travail pour Montebourg, Hamon et Valls

En regardant sur le site d’Arnaud Montebourg, on peut lire des propositions telles que :

« C’est une garantie pour tous d’accéder à un contrat de travail, d’activité, ou de formation. C’est la société des trois contrats destinée à éradiquer le chômage de masse. »

« Le contrat de travail sera sécurisé, rendant toute sa place au CDI »

« Apprivoiser la révolution numérique, c’est amener les plateformes à assumer la protection sociale de leurs salariés qui sont aujourd’hui faussement indépendants. A nous de faire émerger une société de travailleurs autonomes avec une protection sociale et un revenu décent et de contribuer à la libération par le travail et non pas l’apparition d’un esclavage numérique en transformant les entrepreneurs en serfs »

Il est intéressant que ce candidat, identifié comme plutôt à la gauche du PS, rattache le travail au « contrat » et à la « protection sociale ». Il s’agit alors d’une vision très administrative du travail, dont la nature même de l’ouvrage est mise au second plan au profit de l’appareil qui entoure sa mise en œuvre.

Chez Benoît Hamon, les choses sont différentes:

Parce qu’il est trop souvent synonyme de souffrance et de perte de sens, nous voulons refonder notre rapport au travail. Nous défendons un travail choisi et non plus subi, un travail partagé et dont la valeur dépasse la seule contribution au PIB. C’est ainsi que nous répondrons au défi de la raréfaction du travail et de la révolution numérique. Nous voulons en finir avec la précarité, et donner la possibilité à tous de s’émanciper et de s’engager librement dans l’activité qui répond à ses aspirations. C’est pourquoi nous créerons le Revenu Universel d’Existence, protection sociale du XXIème siècle.

On lit même en filigrane une critique du sens commun rattaché au travail: la remotivation positive du sens de travail passe alors par une refondation du rapport au travail. Ceci étaye l’idée qu’au-delà de leur aspect dictionnairique, le sens des mots est largement guidé par les rapports que nous entretenons avec eux. Benoît Hamon se livre donc à une redéfinition du mot, à travers la définition d’un nouveau lexique associé (raréfaction, partage, aspirations). C’est finalement une version positive et émancipatrice du travail, différente de celle, contractuelle et plus concrète, d’Arnaud Montebourg.

Enfin, de son côté, Manuel Valls a une vision plus globale, voire politicienne, du travail :

Je veux une société du travail. C’est pourquoi ma priorité est la lutte contre le chômage.

Bâtir une protection sociale universelle qui comble l’écart entre les travailleurs indépendants, artisans, commerçants et les salariés.

Revaloriser le travail, c’est d’abord mieux le rémunérer, donner des marges de manœuvre aux travailleurs qui se sentent souvent étranglés dès le début du mois.

Le travail est en effet considéré du point de vue collectif et économique (société, chômage, écart entre les travailleurs, rémunérations), et accompagné d’intentions (« je veux », rôle des infinitifs, etc.).

On le sait, les mots sont souvent au centre des débats, et derrière eux, ce sont les valeurs, les symboles, ou les habitudes, qui sont véhiculées. En mobilisant un terme qui bénéficie d’un sens commun fortement institué, rattaché à un itinéraire étymologique contestable mais bien souvent admis, certains candidats en font un enjeu de campagne : derrière la bataille politique, se joue une bataille sémantique.