François Hollande, des vœux au futur antérieur

Julien Longhi, Université de Cergy-Pontoise

Abondamment commentés, les derniers vœux de François Hollande ont été interprétés au choix comme des avertissements, ou comme une sortie soignée. En comparant son discours à celui de l’an dernier, on observe de nettes différences qui sont instructives pour comprendre les motivations de ces messages.

Afficher une certaine proximité

Une analyse menée avec le logiciel Tropes indique que le discours du 31 décembre 2015 présentait un « style plutôt argumentatif » avec une « mise en scène du type dynamique, action », et notamment une « prise en charge à l’aide du je ». Le discours de 2016 a un style « plutôt énonciatif », « qui établit un rapport d’influence, un point de vue ».

Cette distinction entre « argumentatif » et « énonciatif » permet de faire émerger les intentions de communication des deux discours : si les vœux de 2015 brouillent la « frontière entre les vœux et les autres allocutions politiques », on peut peut-être considérer ces derniers vœux comme une prise de distance vis-à-vis de l’argumentation politicienne, pour devenir une occasion de mettre en scène une certaine identité présidentielle, afin de viser le futur dans la constitution d’une image valorisée.

Les instructions du Président

Ceci est également visible dans le recours aux verbes performatifs, qui « expriment un acte par le langage » : en 2015, ils représentaient 0,5 % des verbes utilisés, alors qu’en 2016 cette proportion grimpe à 4,1 % du total. Certes, l’ordre de grandeur rend la comparaison difficile à fiabiliser, mais en corrélant cette mesure à la présence des pronoms personnels, on peut en tirer quelques interprétations :

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Ainsi, une nette différence apparaît dans la manière dont François Hollande s’adresse aux Français : en 2015, il s’inclut dans un collectif alors qu’en 2016 il s’adresse à eux. Le chef de l’État leur livre, en quelque sorte, un message à retenir, des instructions, et se confère un statut différent.

La dernière allocution de François Hollande a également une tonalité beaucoup moins émotive : en 2015, la catégorie « sentiment » était la deuxième détectée par le logiciel, avec des expressions telles que : « l’horreur avec les actes de guerre perpétrés à Saint-Denis et à Paris », les « familles plongées dans le chagrin », les « blessés atteints dans leur chair », « notre compassion et notre affection », des « compatriotes en détresse ».

« Confiance et espérance »

L’année 2016 aura également connu de nombreux drames et événements, mais le président mobilise moins cette catégorie (classée en quatrième position), et il adresse des messages plus larges, parlant notamment de « confiance », d’« espérance », de « bien-être ».

Ainsi, les vœux de 2015 s’attachaient largement à exprimer des actions, et articulaient des événements et des messages politiques, donnant une image volontariste et active de la politique. Cela se voit sur la représentation des verbes qui induisent des actions (verbes factifs, qui représentent plus de 54 % des verbes) :

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En revanche, ceux de 2016 s’attachent plus à construire une image de Président qui délivre un message, « performe » et vise le futur. Un futur qui n’est pas directement contextuel et événementiel, mais plus humaniste et général :

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Cette évolution rejoint la problématique de l’ethos, qui permet de cerner de manière discursive la question de l’identité politique : l’analyse de Jaubert et Mayaffre sur la transformation de François Hollande en lien avec son « humour légendaire » montre « des recoupements mais aussi des écarts entre ethos préalable et ethos construit, entre ethos construit et ethos validé ».

Dans les vœux de 2016, on perçoit bien une nouvelle forme d’ethos pour François Hollande, qui acquiert un autre statut en tant que président en exercice qui ne se représente pas et qui n’aura donc effectué qu’un seul mandat.

Ces résultats permettent également de remarquer que François Hollande considère ce discours dans un sens quelque peu différent que celui qui est traditionnellement attribué aux vœux du Nouvel An : si l’on en croit la base TLFI, il semblerait en effet que l’on s’éloigne des « souhaits que l’on adresse à autrui, dans diverses circonstances, à l’occasion du Nouvel An, d’un événement important », pour rejoindre la définition, liée à un contexte officiel ou administratif, de « Volonté, prescription exprimée par une autorité ».

François Hollande livrerait donc, en quelque sorte, ses dernières volontés en tant que président – ce qui devrait théoriquement conférer à ses vœux une efficacité supérieure aux simples souhaits traditionnellement adressés aux Français.

The Conversation

Julien Longhi, Professeur des universités en sciences du langage, Université de Cergy-Pontoise

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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